Le piano : Pleyel N° 150884 (1910)

Piano Pleyel

Le Piano 150488
L’auditeur sera sans doute surpris à la première écoute de ce C.D. par le son inhabituel, un peu sourd, du piano. En effet les instruments d’aujourd’hui ont une clarté plus vive, des harmoniques chatoyants, des basses vrombissantes. Nos oreilles sont rassurées par une beauté universelle où chaque son est distinct et projeté, un peu froidement.
J’ai choisi d’enregistrer sur ce Pleyel de 1910 pour sa voix « humaine ». Les premières minutes d’accoutumance passées, on entre dans un charme envoûtant, celui que Pleyel lui-même a su créer en construisant ses instruments et qui a fait sa renommée.
Celui –ci est de facture moderne : cadre en fonte moulé d’une seule pièce, mécanique Pleyel à T et à Nez-à-coussin qui la différencie de ses contemporains de l’époque équipés de mécanique à rouleau, technique d’Erard en 1826. Pleyel veut se démarquer de ce concurrent. Sans vouloir le copier, il adopte sa mécanique dite du « double échappement » mais il veut fabriquer un son plus souple et plus parlant. Il monte des manches en fresne (moins rigides que ceux d’Erard en charme) et travaille sur le poids de remontée de la touche qui est de plus de 40gr. Ainsi l’association Nez-à-coussin, souplesse du bois et poids de remontée donne une possibilité de toucher que l’on peut pétrir et humaniser. Chopin choisissait toujours Pleyel pour son expressivité.
Aujourd’hui Frédéric Tassard, facteur passionné, s’est employé à rénover ce beau piano pour lui rendre sa voix d’époque ; s’inspirant des progrès dont le piano a bénéficié au fil des ans tout en allant intuitivement dans le sens de la volonté de Pleyel. Ainsi les modifications qu’il a apportées sur l’instrument sont- elles tout d’abord au niveau du poids des marteaux et la qualité des feutres pour qu’il y ait le maximum de tension et de souplesse, avec au moins 8mm sur le Mi5 ; pour faire sonner les aigus, travail sur le point de frappe (pour qu’il y ait une sonorité homogène). La table et le chevalet sont intacts comme à l’origine dans leur dimension, mais après mesure du plan des cordes pour connaitre leur tension et les pressions qui vont s’exercer (cordes de Firminy) il travaille sur la courbe de masses par chœur, avec une progression précise pour l’égaliser : de 775 microns pour les plus fines à 1600 pour les grosses. Le plan des cordes filées est modifié en fonction de l’inharmonicité. Reste le calcul de la mise en charge ; la tension de la corde, la longueur vibrante et l’échelle Duplex permettent de savoir quelle pression le chevalet va recevoir…et c’est le nombre d’or qui résout le problème.
On peut alors fabriquer les barres en épicéa en fonction du résultat : les sifflets ou élégies sont tracés en courbe de chaînettes (toujours avec le nombre d’or) ; la table d’harmonie est réglée par petites percussions dont le son détermine la mise en gaine (les différentes épaisseurs). Le chevalet est également mis en forme. Pour finir, application d’un vernis blanc – blancs d’œufs battus en neige, gomme arabique, sucre et miel sur la table d’harmonie ; puis 2 couches de vernis de table classique. L’épaisseur a une importance capitale pour la qualité du son.
Conclusion : pari gagné, le piano d’origine, neuf, est retrouvé ; la translation harmonique est réussie, ainsi que l’équivalence des timbres aigus et graves. Le nombre d’or a été appliqué à des Forces et non des calculs géométriques. D’où le côté « humain » de ce piano…

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